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Les 20 ans du Musée de la musique

Les 20 ans du Musée de la musique

« Le Musée de la musique fête ses 20 ans ! Plus qu’une célébration éphémère, voici l’occasion de retracer l’histoire du Musée, pour réaffirmer ses missions et surtout développer ses ambitions. Le Musée a fait sa spécificité du patrimoine musical, lequel doit poursuivre son rayonnement en lien avec la création artistique la plus audacieuse et un public toujours plus large et inspiré. »
Marie-Pauline Martin, directrice du Musée de la musique

Installation de la collection de harpes du Musée de la musique

Le Musée de la musique est le descendant direct du Musée instrumental du Conservatoire de musique de Paris, créé en 1861 à l’occasion de l’achat par l’État de la collection Clapisson et ouvert au public en 1864. Réunissant la collection d’instruments la plus importante d’Europe, il est aujourd’hui une référence majeure de la facture instrumentale sur la scène nationale et internationale.

Inauguré dans sa forme actuelle en 1997, le Musée de la musique célèbre cette année son vingtième anniversaire. Pour l’occasion, nous vous proposons un tour d’horizon non exhaustif de ses activités, ponctué de témoignages de ceux qui le font vivre au quotidien.

Une nouvelle vie

De la rue de Madrid à la Cité de la musique

L’ouverture de la Cité de la musique en 1995 est le point de départ d’une nouvelle aventure pour les collections du Musée Instrumental du Conservatoire de musique de Paris, anciennement installé rue de Madrid. Entièrement pensées et conçues par Franck Hammoutène, la scénographie et l’architecture forment un écrin unique pour ce nouveau Musée qui ouvre ses portes début 1997.

Durant les mois précédents, l’équipe de conservation et restauration du Musée repense entièrement la présentation des collections et réalise de nombreuses acquisitions, notamment dans le domaine des musiques actuelles.

Pour l’occasion, le majestueux gamelan de Java, offert en 1889 et déposé depuis 1933 au Musée de l’Homme, revient au Musée de la musique.

Pour accrocher les milliers d’instruments de la collection, des éléments de fixation sont conçus sur mesure par l’équipe de conservation-recherche du Musée, sous la direction de Michel Robin.

« Durant l’année 1995-1996, nous avons simulé l’implantation des collections à l’échelle, mais au sein des réserves. Nous avons donc tracé des lignes au sol, et imaginé l’ensemble des vitrines dans les entrepôts ».

Philippe Bruguière, Conservateur.

1900 m²

d’exposition pour la collection permanente.

8421

œuvres (instruments, œuvres d’art, accessoires, outils), dont 945 sont exposés.

Des maquettes de salles ayant accueilli la création d’œuvres emblématiques de l’histoire de la musique – de L’Orfeo de Claudio Monteverdi à Ex-Position de Mauricio Kagel en passant par la Tétralogie de Richard Wagner – jalonnent la collection permanente. On s’y promène donc des palais des XVIIe et XVIIIe siècles aux salles conçues spécifiquement pour le concert. Chacun de ces lieux dit quelque chose de l’œuvre qui lui était destinée, écrite pour honorer un mécène ou pour sonner dans une acoustique sur mesure. La réalisation de ces maquettes a nécessité des recherches passionnantes, menées par les documentalistes du Musée.

Maquette de la salle du palais ducal de Mantoue (Italie) dans laquelle a été créé L’Orfeo de Monteverdi en 1607

Maquette de la salle du palais ducal de Mantoue (Italie) dans laquelle a été créé L’Orfeo de Monteverdi en 1607

Cloche vietnamienne

« La cloche vietnamienne qui se trouve à l’entrée est un appel à la visite, c’est un instrument universel. Nous avons demandé à Franck Hammoutène de concevoir une attache pour cette énorme cloche de plus de 200 kilos, qui respecte les supports traditionnels chinois ».

Philippe Bruguière, Conservateur.

Plan de la cloche vietnamienne

La chasse aux trésors

20 ans d’acquisitions

Clavecin Ioannes Couchet, 1652, acquis en 2003

« C’est un instrument qui aurait pu échapper au patrimoine national, et qui raconte une étape de l’histoire de la facture instrumentale. »

Christine Laloue, conservatrice

Collection de harpes du Musée la musique

« L’objectif des collections est de donner à voir et à étudier des factures très différentes, parfois sur la même période, dans de nombreux pays. Lorsque l’on visite le Musée, on peut comprendre comment les techniques et les esthétiques ont voyagé ».

154 pianos

40 clavecins

À la fin des années 1990, alertée par une demande d’autorisation de sortie du territoire pour la vente d’un clavecin Couchet de 1652, l’équipe de conservation du Musée parvient à retenir l’instrument en France, avant de l’acquérir en 2003. Témoin rare d’une facture instrumentale particulièrement appréciée dans l’Hexagone (Ioannes Couchet est d’origine flamande) au début du XVIIIe siècle, et finement décoré, cet instrument n’a connu que quelques modifications en 1701, la caisse d’origine étant particulièrement bien préservée.

Les collections du Musée s’enrichissent chaque année de nouveaux trésors. Trésors d’histoire de la facture instrumentale, de la culture populaire, du Monde… avec plus de 8000 instruments, objets et œuvres d’art, les collections contribuent à l’émerveillement du public, mais aussi à élargir les connaissances de la communauté scientifique et à enrichir le patrimoine national d’œuvres s’inscrivant dans l’histoire culturelle, politique, économique et sociale de la France.

« Acquérir ce que l’on n’a pas, compléter ce que l’on a ».

Christine Laloue, conservatrice

Un musée qui s’écoute

Le patrimoine sonore

Au Musée, on fait évidemment de la musique. Tous les jours, des musiciens s’installent dans les collections pour y jouer et y dialoguer avec le public. Le week-end, le Musée accueille des concerts-promenades sur des thématiques aussi variées que Debussy, Le Japon, L’imaginaire celte ou Le cirque. Moments décalés pour une écoute différente, ces concerts-promenades proposent dans ses différents espaces des mini-concerts et un atelier, donnés à intervalle régulier, invitant les spectateurs à déambuler d’un moment musical à l’autre.

Originaux ou fac-similés, de nombreux instruments du Musée ne demandent qu’à être joués. Ils quittent régulièrement leur vitrine ou leur réserve pour investir l’Amphithéâtre, tout spécialement aménagé pour accueillir les collections dans les meilleures conditions. Les clavecins et pianos, notamment, ont été sollicités lors d’intégrales de compositeurs en forme de marathons (Couperin, Bach, Chopin, Beethoven…). Ces moments importants de la vie des instruments sont l’occasion de belles collaborations entre les conservateurs, les musiciens et les facteurs… pour le plus grand plaisir du public.

Le patrimoine sonore étant au cœur des missions du Musée, faire entendre les instruments est un élément essentiel de sa politique de transmission. Depuis 2004, de larges campagnes d’enregistrements sont menées ; elles enrichissent l’audioguide grâce auquel le Musée se visite en musique.
Le Musée s’est aussi associé à de nombreux labels pour réaliser des enregistrements sur ses instruments, donnant l’occasion aux meilleurs interprètes de faire entendre les timbres rares et précieux de sa collection.

« Le duo formé par l’orgue expressif Théodore Achille Müller et le violoncelle Charles-François Gand, atypique dans sa fabrication, a permis d’enregistrer trois mélodies d’Alexandre-Pierre-François Boëly dont la partition originale est conservée au Musée de la musique.
Une nouvelle fois, des interprètes, facteurs, restaurateurs, l’équipe de conservation et de recherche du Musée et le Conservatoire de Paris ont mis en commun leurs connaissances et leurs savoir-faire pour contribuer à l’écoute de sons rares ou disparus. »

Marie-Pauline Martin, directrice du Musée de la musique

Interstellar

40 expositions de 1998 à 2017

En 2003, un étrange cochon gonflable trône au-dessus de l’entrée du Musée de la musique : l’exposition Pink Floyd Interstellar a ouvert ses portes. Dotée d’une scénographie à l’échelle du groupe – monumentale –, elle est l’événement musical parisien de l’automne. Ce voyage au fil de la discographie des pionniers britanniques permet notamment de saisir les origines du groupe – avec Syd Barrett –, puis de se perdre dans les méandres des années 1970 où se succèdent les classiques – Atom Heart Mother, Wish You Were Here, Animals et l’incontournable The Wall –, de découvrir la reconstitution de l’« homme ampoule » de Delicate Sound of Thunder… pour finir face aux géants métalliques de The Division Bell.

"Inflatable pig" créé pour la tournée Animals - 1977 © Musée de la musique

« C’était la première exposition de musique populaire d’envergure, qui a préfiguré une longue lignée d’expositions marquantes. »

Isabelle Laîné, responsable du service des expositions

« Il s’agissait du cochon original des tournées du groupe, mais il avait souffert au fil des années, il était donc très difficile de le maintenir gonflé ! »

Isabelle Laîné, responsable du service des expositions

« Travailler avec Storm Thorgerson (graphiste des Pink Floyd) comme directeur artistique de l’exposition a été très impressionnant, il a réellement marqué cette exposition de son empreinte. »

Isabelle Laîné, responsable du service des expositions

Le Musée de la musique conçoit des expositions depuis son ouverture, embrassant l’ensemble des domaines de la musique, toutes époques et styles confondus, de la musique populaire brésilienne au Punk, du Moyen Âge aux temps (presque) futurs.

Depuis 1998, on a ainsi pu croiser dans l’une des 40 expositions du Musée les statues de Division Bell, de Lénine, les manuscrits de Wagner et de Miles Davis, les cloches chinoises de La Voix du dragon et les sitars d’Inde du Nord.

Ravi Shankar visite l’exposition
Inde du Nord en 2002

Johnny Hallyday visite l’exposition
Jimi Hendrix backstage en 2003

Mitch Mitchell, batteur historique
de The Jimi Hendrix Experience, en 2003

Un Musée aux rayons X

Conservation et recherche

« Nous avions déjà rencontré Xavier Lucchesi, artiste photo plasticien, spécialiste de l’utilisation des Rayons X. L’idée de créer une exposition où se rencontrent le patrimoine, la connaissance scientifique et la création artistique s’est imposée. »

Jean-Philippe Échard, conservateur

En 2001, alors que le Musée a enregistré plus de 900 acquisitions sur les 10 dernières années, le principe d’une exposition présentant l’ensemble de ces acquisitions s’impose naturellement.

Mais comment les présenter ? Sous quel nom ? Comment faire connaitre au public la richesse d’un Musée, de ses métiers, et donner la mesure des domaines impliqués dans l’étude de l’instrument de musique ?

En utilisant les radiographies de plusieurs instruments, tous corpus confondus, l’équipe du laboratoire prend le parti de faire de cette exposition – Un musée aux rayons X – un outil de médiation, grâce au travail artistique de Xavier Lucchesi, dont l’atelier graphique traite et colorise les radios.

Les rayons X mettent en lumière les éléments métalliques qui composent la Fender Telecaster, notamment la truss rod (barre de réglage) qui court le long du manche, et les frets.

Ces instruments soudainement dénudés ne révèlent pas que le meilleur de la facture instrumentale ; parfois des malfaçons, des restaurations aberrantes, qui appartiennent à la vie d’un violon, d’un clavecin, d’une guitare et qui rappellent que le Musée de la musique est sans doute la meilleure clinique pour instruments de musique au monde.

Plus de 900 acquisitions
de 1991 à 2001

« Pour certains instruments, comme la Fender Telecaster, la radiographie ne se justifiait pas forcément, scientifiquement parlant, mais cela permet vraiment de voir un autre instrument. »

Jean-Philippe Échard, conservateur

Clavecin Lucchesi
Clavecin Lucchesi

Le laboratoire est un outil essentiel du Musée, dont les recherches et développements permettent la restauration d’instruments anciens et la réalisation de fac-similés pour le jeu de répertoires d’époque. Grâce à la finesse de ses analyses, le laboratoire délivre également une aide précieuse au monde scientifique dans l’identification des techniques et l’histoire de la facture instrumentale.

Guitare Lucchesi
Clavecin Lucchesi

Une boîte à joujoux

Le Musée pour tous

Le Musée est ouvert aux jeunes et aux familles. Dispositifs et audioguides spécifiques, livret-jeu, ateliers et contes transforment leur visite en une fabuleuse aventure musicale.

« J’ai adoré cette exposition et surtout le plafond de l’opéra et écrire sur la vitre mais le feutre n’avait plus d’encre ! Mais à part ça c’était super !!! »

Luna, extrait du livre d’or de La Petite Boîte à Chagall

Atelier Kleeen mains

La Petite Boîte à Chagall (2015)

Outre ce regrettable incident logistique, La Petite Boîte à Chagall, galerie-atelier réalisée dans le cadre de l’exposition Marc Chagall : Le Triomphe de la musique, a ravi les enfants et leurs parents.

Espace d’émerveillement, de création et de découverte, La Petite Boîte à Chagall proposait d’entrer dans l’univers poétique et coloré du peintre. Des ateliers inventifs et des modules ludiques invitaient les enfants à prolonger leur visite de l’exposition : petit théâtre, table à dessiner, orchestre enchanté… Des installations numériques et des dispositifs multimédia permettaient aux arts et aux couleurs de se mélanger. Animé par des médiateurs et artistes, cet espace offrait à tous une expérience concrète où le monde de Chagall et ses liens avec la musique prenaient vie.

Touchez la musique

Depuis quelques années, le Musée de la musique s’engage dans une démarche de diversification de son offre culturelle en développant des installations multisensorielles conçues pour un public familial et/ou en situation de handicap.

Le 26 juin 2013, le Musée de la musique inaugure son nouveau parcours, Touchez la musique !
Ce dispositif interactif propose de découvrir cinq instruments à toucher de façon ludique : la viole, l’orgue, la trompette, le theremin et la sanza. Images tactiles, vidéos en langue des signes française, mobilier accessible… Conçu en accessibilité universelle, le parcours s’adresse à tous les publics. La même année, la politique d’accessibilité du Musée est récompensée par le prix « Patrimoines pour tous » du ministère de la Culture.

Ces nouveaux dispositifs s’inscrivent dans une démarche d’animation qu’incarnent au quotidien les « musiciens au Musée », qui jouent et présentent leur instrument au public tous les jours au sein des collections depuis 1997. 

Le Musée de la musique n’est donc pas seulement un lieu où l’histoire de la musique se contemple, c’est surtout le lieu où elle se vit, s’écoute, se partage et se touche !

2015 – vers l’avenir

En 2015, l’intégration du Musée de la musique à la nouvelle Philharmonie de Paris ouvrait une nouvelle page de son histoire. Bénéficiant du rayonnement de l’institution, le Musée est aujourd’hui redéployé sur des espaces élargis et poursuit un développement orienté : le décloisonnement des publics, la transition numérique, l’ouverture à la création artistique contemporaine, l’accessibilité aux publics en situation de handicap, et l’intégration soutenue de la musique dans une histoire globale des arts.

À l’heure de l’événementialisation de la culture, la valorisation de la collection permanente constitue également une gageure : son animation poétique par la performance, le contact avec les musiques actuelles et les nouvelles scènes artistiques renforceront son inscription dans les pratiques culturelles et le réseau des musées de France. Car le patrimoine musical mérite d’être transmis au plus grand nombre dans ses valeurs les plus nobles : la profondeur de l’histoire, l’universalité des émotions que suscite la musique et le rôle décisif qu’elle peut jouer dans la construction sociale de l’individu.